“Sois sûr, Dieu saura t’entendre”
Frère Roger de Taizé


- Gardez-vous le souvenir des premiers Noëls à Taizé?
- Je garde vif à la mémoire, le souvenir du Noël 1941. Il faisait froid, très froid.
Je vivais seul dans cette maison proche de la ligne de démarcation. Depuis
quelque temps, j’accueillais des réfugiés, notamment des juifs, que des amis
de Lyon m’avait demandé de cacher. Ouvrir ma porte à ces gens pourchassés,
c’était, finalement, la seule façon acceptable de “fêter” ce Noël de guerre. Je
n’ai jamais oublié ce 24 décembre…
- Enfant, Noël comptait-il beaucoup pour vous?
- Dans les semaines qui précédaient Noël, je cherchais à préparer, avec
presque rien, de petits cadeaux pour les enfants d’une famille nombreuse du
village où je suis né. Ils avaient perdu leur mère. Je mettais les cadeaux dans
un grand carton, sous mon lit, pour les sortir la veille de Noël. Aujourd’hui
encore, je dépose dans les tiroirs, sous mon lit, d’humbles cadeaux, pour les
enfants et pour tous les ages! L’Avent était un temps d’émerveillement. Je
passais de longs moments devant la petite crèche que nous ressortions
chaque année de son carton. Je regardais Marie et, à ses pieds, le nouveauné.
Image de bonheur familial, image de tendresse d’une mère, image tout
simple pour ouvrir à un grand mystère…
- …Et à une grande folie: un Dieu qui se fait homme.
- Une grande folie de Dieu qui, ne sachant plus comment faire comprendre
aux humains qu’il est amour et amour seulement, décide de venir lui-même sur
la terre comme un pauvre, comme un humble, à travers le Christ. Si Jésus
n’avait pas vécu au milieu de nous, Dieu serait resté lointain, inaccessible.
“Pour être aimé, et non pas redouté, à Noël, Dieu s’est fait enfant”, a écrit,
quatre cents ans après le Christ, Pierre Chrysologue. Et, trois siècles plus tard,
un autre penseur chrétien, Isaac de Ninive disait: “Dieu ne peut que donner son
amour.” Par sa naissance, puis dans sa vie terrestre, Jésus donne à voir Dieu,
comme en transparence…
- Un Dieu qui n’est plus celui de la crainte mai celui de l’amour…
- Oui. C’est, je crois, le retournement qu’opère la venue du Christ sur la terre.
La crainte d’un Dieu fort, tout-puissant, cède le pas à la fragilité d’un nouveauné.
Dieu prends corps parmi les pauvres, Dieu vient habiter la faiblesse
humaine. Avec Jésus, Dieu n’est rien redoubtable: il nous aime!